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Il est parfois très profitable de lire la presse d’opposition israélienne. Ainsi le journal israélien Haaretz a-t-il publié une critique de la façon dont la télévision israélienne a présenté les affrontements du week-end en Cisjordanie. Le journal Haaretz ose un titre que peu de médias non-israéliens pourraient se permettre : « Au nom de la suprématie juive : comment la télévision israélienne a déformé les violences de ce week-end en Cisjordanie » !
Les colons israéliens se comportent en « maîtres du pays »
« Lorsque des responsables israéliens évoquent des pistes comme la destruction d’une ville ou d’un village palestinien après un affrontement meurtrier avec des colons, les présentateurs de télévision se contentent de demander des précisions. », écrit Yasmin Levy pour le journal Haaretz.
Avant d’ajouter : « Si vous aviez regardé les chaînes d’information vendredi, vous auriez pu croire qu’un groupe de colons, d’ordinaire si paisibles, s’était promené dans la campagne et était tombé dans une embuscade tendue par des terroristes palestiniens sanguinaires. J’ai même cru que les « maîtres du pays » allaient être dépeints comme de simples touristes se rendant à un pique-nique dans un village près de Naplouse. »
De prétendus « randonneurs » israéliens, armés
Le ton ironique laisse ensuite entrevoir la réalité cachée derrière la propagande israélienne : une centaine de « randonneurs » israéliens armés ont tenté d’entrer dans le village de Tell, en Cisjordanie occupée par Israël. Deux colons israéliens y ont trouvé la mort. Quatre Palestiniens également, en défendant leur terre. Tout cela sous le regard de soldats israéliens amusés d’observer les colons chercher à intimider les habitants.
« À l’approche des élections, le gouvernement se précipite pour créer autant de faits accomplis que possible sur le terrain, laissant derrière lui une traînée de destruction. », avait averti, le 19 juin déjà, l’organisation non gouvernementale israélienne Peace Now, opposée à la colonisation.
Quasiment chaque jour, des groupes de colons, armés, organisent des « randonnées » sur les collines de la Cisjordanie, agressant les villageois palestiniens, les empêchant de se rendre dans leurs champs et chassant leurs troupeaux. Ces provocations des colons israéliens s’intensifient le vendredi, jour où les musulmans se rendent à la mosquée,
Outre les Palestiniens, des militants israéliens opposés à la colonisation tentent de filmer les provocations et les actes de violence des colons et sont parfois eux-aussi agressés. Cela a été le cas à Tell, ce 25 juillet. Les heurts ont été causés par des colons de l’implantation voisine de Havat Gilad.
La Knesset a adopté, le 23 juillet dernier, une motion symbolique appelant à l’annexion de la Cisjordanie. La résolution non contraignante définit la Cisjordanie comme « indissociable de la Terre d’Israël ». Le plan messianique visant à construire le Grand Israël se poursuit.
La Knesset, c’est-à-dire le parlement de l’État hébreux, a approuvé une motion non contraignante en faveur de l’annexion de la Cisjordanie
Pendant que la famine extermine les Palestiniens de Gaza, pour les plus chanceux qui survivront les poussera à émigrer loin de leurs terres ancestrales, Israël avance sur le front de la Cisjordanie. Les pulsions messianiques pour établir le Grand Israël, sur des fondements bibliques, sont à l’œuvre.
La Knesset, c’est-à-dire le parlement de l’État hébreux, a approuvé mercredi une motion non contraignante en faveur de l’annexion de la Cisjordanie, un geste symbolique mais lourd de sens qui a uni la coalition gouvernementale de droite, habituellement divisée.
Adoptée par 71 voix contre 13, la résolution proclame que la Cisjordanie est « une partie indissociable de la Terre d’Israël, patrie historique, culturelle et spirituelle du peuple juif », que les grandes villes palestiniennes telles que Hébron et Naplouse, ainsi que les colonies illégales de Shiloh et Beit El, expriment « la continuité historique de la présence juive en Terre d’Israël » et « qu’Israël a un droit naturel, historique et légal sur tous les territoires de la Terre d’Israël ».
« La souveraineté en Judée-Samarie [le nom par lequel Israël désigne la Cisjordanie, qu’il occupe et colonise illégalement depuis 1967] fait partie intégrante de la réalisation du sionisme et de la vision nationale du peuple juif, qui est retourné dans sa patrie », affirme encore le texte.
« C’est notre terre. C’est notre foyer. La Terre d’Israël appartient au peuple d’Israël », a déclaré Amir Ohana, président de la Knesset
La Knesset a également réitéré sa décision selon laquelle l’idée d’un État palestinien « a été retirée de l’ordre du jour ». Elle invite le gouvernement à « appliquer la souveraineté, la loi, le jugement et l’administration israéliens à toutes les zones d’implantation juive de toutes sortes en Judée, en Samarie et dans la vallée du Jourdain », selon la terminologie du gouvernement pour désigner la Cisjordanie. Cette motion a été présentée par les députés Simcha Rothman (HaTzionout HaDatit), Dan Illouz (Likud) et Oded Forer (Yisrael Beytenu).
« C’est notre terre. C’est notre foyer. La Terre d’Israël appartient au peuple d’Israël », a déclaré Amir Ohana, président de la Knesset, après le vote :
« En 1967, l’occupation n’a pas commencé ; elle a pris fin, et notre patrie a été rendue à ses propriétaires légitimes. Nous sommes les premiers habitants originels de cette terre. Les Juifs ne peuvent pas être les ‘occupants’ d’une terre qui, depuis 3 000 ans, s’appelle la Judée. »
L’Autorité Palestinienne (AP) a réagi en qualifiant ce vote « d’escalade dangereuse qui compromet les perspectives de paix, de stabilité et la solution à deux États »
Israël a repris la Cisjordanie à la Jordanie lors de la Guerre des Six Jours en 1967. Le territoire abrite aujourd’hui plus de 500 000 résidents d’implantations israéliens et plus de 2 millions de Palestiniens. « Une grande partie de la communauté internationale estime qu’Israël occupe illégalement ce territoire et considère les implantations comme une violation du droit international, ce qu’Israël conteste » rappelle le quotidien israélien The Times of Israelqui précise :
« L’annexion de la Cisjordanie, ou de ses implantations israéliennes, est une aspiration de longue date de la droite israélienne. En 2019, à l’approche des élections législatives, Netanyahu s’était engagé à annexer la vallée du Jourdain, sur le flanc oriental du territoire. Mais cet engagement, ainsi que d’autres efforts similaires, ont été relégués au second plan dans le contexte d’une crise politique prolongée marquée par une série d’élections sans issue. Depuis lors, le gouvernement n’a pas donné suite à un projet de loi contraignant sur l’annexion, bien qu’il ait voté l’an dernier, à une écrasante majorité, contre la création d’un État palestinien ».
L’Autorité Palestinienne (AP) a réagi à ce vote approuvant l’annexion de la Cisjordanie le qualifiant « d’escalade dangereuse qui compromet les perspectives de paix, de stabilité et la solution à deux États », « d’atteinte directe aux droits du peuple palestinien », qui ne bénéficierait pas des mêmes droits que ses voisins israéliens dans un scénario où Jérusalem annexerait la Cisjordanie. Exhortant la communauté internationale à intervenir pour mettre fin aux « violations » israéliennes, le numéro 2 de l’AP a déclaré que les pays devraient reconnaître un « État palestinien » en réponse.
Ce projet messianiste de Grand Israël qui comprendrait bien évidemment la Cisjordanie, appelée par les Israéliens de son nom biblique « Judée -Samarie » date depuis les débuts du sionisme. En 2016, MPI informait sur la volonté de l’Etat hébreux de s’approprier des terres agricoles en Cisjordanie et rappelait que « les Palestiniens accusent Israël de vouloir de facto démembrer la Cisjordanie étape après étape pour rendre impossible la création d’un État palestinien » et que ce projet de confiscation constitue « un pas de plus pour rendre impossible la solution à deux États ».
Le Grand Israël et sa dimension messianiste : « ce vieux matérialisme hébraïque qui rêva perpétuellement d’un paradis réalisé sur la terre »
« Refonder le Grand Israël, reflet de leur puissance matérielle, dans des frontières bibliques, et en assumant toute la violence contenue dans l’Ancien Testament, est le projet d’une partie de la classe politique, des militaires et de la société israélienne, porté par bon nombreux d’athées israéliens et des membres de la sphère religieuse » (Dangereuse escalade au Moyen-Orient : la dimension religieuse et messianiste de cette guerre sans fin, MPI).
Depuis des mois, des années, nous l’écrivons sur MPI : la guerre au Proche-Orient, sur cette terre de Palestine où est né le Christ, a une dimension messianiste et religieuse particulière, car fondée sur ce que la grande figure du judaïsme français au XIXe siècle, le sioniste socialiste et journaliste Bernard Lazare définit, dans son ouvrage majeur L’Antisémitisme, son histoire et ses causes, comme « ce vieux matérialisme hébraïque qui rêva perpétuellement d’un paradis réalisé sur la terre et repoussa toujours la lointaine et problématique espérance d’un éden après la mort ».
Ainsi, qu’ils soient athées ou religieux, les juifs modernes tels ces juifs anciens qui rejetèrent le Christ comme le Messie se prévalent de la Bible pour donner une assise ‘historique’ à leurs espérances planétariennes au profit du rétablissement du Royaume terrestre d’Israël dans les frontières bibliques, le Grand Israël. Qui avance inexorablement…
Ces derniers mois, la Cisjordanie a connu l’une des campagnes de pression les plus intenses de ces dernières années. Depuis 2024, 89 nouveaux avant-postes de colons juifs ont été créés, selon les données de l’ONG israélienne Peace Now.
Colonies israéliennes illégales
Cette fois, l’excuse ne peut pas être le Hamas. Depuis 2024, 89 nouveaux avant-postes de colons juifs ont été créés en Cisjordanie, selon les données de l’ONG israélienne Peace Now. Rien que durant les six premiers mois de 2025, 30 ont déjà été construits jusqu’à présent, contre sept en 2023, ce qui représente une augmentation record des colonies illégales.
A l’inverse, 39 communautés agricoles et pastorales palestiniennes ont été démantelées de force depuis octobre 2023, selon les chiffres de B’Tselem. Des dizaines d’autres sont toujours au bord de l’expulsion, dans un contexte d’attaques de plus en plus fréquentes dans les zones rurales. La guerre à Gaza, qui a débuté en octobre 2023, a coïncidé avec une augmentation notable des violences des colons juifs en Cisjordanie.
Complicité de l’armée israélienne
Depuis fin juin, six Palestiniens ont été tués lors d’attaques de colons en différents endroits. Deux hommes ont été tués le 11 juillet à Sinjil, dont un citoyen américain, et quatre habitants, dont un adolescent, à Kafar Malek. Ces attaques sont souvent menées avec le soutien de l’armée israélienne, ce qui rend difficile la distinction entre soldats et civils armés en uniforme, selon les militants de l’association Combattants pour la paix.
L’avancée des colons juifs s’accompagne de la construction de routes goudronnées, de la pose de pipelines et de l’établissement de ranchs d’élevage subventionnés par le gouvernement israélien. Alors que les communautés palestiniennes n’ont pas accès aux services de base comme l’eau ou l’électricité. À Khirbet Makhul, par exemple, un pipeline alimente une base militaire israélienne, mais pas les habitants palestiniens voisins , qui survivent dans des logements précaires faits de tôles et de sacs.
Militarisation des colonies juives
Les mécanismes de pression utilisés comprennent la fermeture de routes, la déclaration de champs de tir militaires bloquant les zones de pâturage et l’émission d’ordres de démolition. À Ein al-Hilwa, une maison a reçu un ordre de démolition le jour même de la visite de plusieurs journalistes internationaux, qui ont été retenus pendant une heure à un poste de contrôle militaire malgré une demande préalable d’autorisation.
L’ONG Peace Now avertit que les nouvelles colonies juives deviennent rapidement des unités familiales consolidées, avec des services complets et une sécurité militaire, ce qui contraste avec l’extrême vulnérabilité des villages palestiniens environnants.
La situation dans la vallée du Jourdain illustre la stratégie de ségrégation territoriale. Selon l’association Combattants pour la paix, il s’agit d’un « harcèlement systématique orchestré par le gouvernement israélien » pour forcer le déplacement de la population palestinienne vers les centres urbains et consolider son contrôle sur des zones rurales stratégiques.